Mon art gratuit

En 2003, sur une liste de diffusion dont j’ai oublié le nom. J’avais demandé aux participants de pondre un texte sur mon loisir artistique. Ce texte est apparu. chez certaines personnes , la lecture de ce texte nécessite des précautions d’emploi particuliéres. En effet , après lecture, vous pouvez souffrir de terribles crises générant des débats sans fin , ininteressants mais particuliérements destructeurs.

Il n’ y plus guère de monde pour se risquer à donner une définition de l’art. Certain artistes ont toutefois la capacité de nous aider à y voir plus clair. Parce qu’il a su éliminer ce qui n’était pas indispensable (l’argent, les marchands, les intermédiaires) et conserver ce qui est indispensable (un créateur, une œuvre, un public), Bobig est de ceux-là.
Comment rendre accessible l’œuvre sans tomber dans le marché ? A cette question cruciale Bobig a trouvé une solution à peu près sans défaut et en constant progrès technique : Internet.
Les discours officiels de légitimation visent à accréditer l’idée selon laquelle il existerait des net-artistes qui utiliseraient les ressources spécifiques du médium alors que ceux-ci se contentent de transporter sur le web leur petit arsenal d’artistes en quête de reconnaissance institutionnelle. Bobig, lui, a su se saisir d’Internet pour redéfinir radicalement la création artistique dans son rapport au public – habituellement soumis aux lois du marché. Il lui a suffit d’introduire un élément à proprement parler révolutionnaire (je pèse le mot, dans sa désuétude programmée comme dans son emphase) : la gratuité. Pourquoi les autres n’y ont-ils pas pensé ? Parce que la gratuité est la négation du marché de l’art que ces net artistes rêvent de rejoindre d’une manière ou d’une autre.
Le monde de l’art en tant que marché, tend à se perpétuer à l’identique (en digérant Internet comme il a digéré l’art corporel ou la vidéo). Mais, c’est son point faible, il suffit d’un contre-exemple, pour qu’il apparaisse dans son absurdité. Pourquoi payer ? Pourquoi vendre ? Pourquoi un vendeur (galeriste) ? Pourquoi des professionnels chargés d’identifier l’art (institutions) ? Le doute qui s’insinue au contact de l’artiste Bobig est, on le voit, assez dévastateur et, est-il besoin de le souligner, salutaire.
Pour justifier leur existence, les institutions et le marché en appellent souvent à la médiocrité de ce qui se produit en dehors ou sans eux. L’argument ne vaut pas en ce qui concerne Bobig. Photographie, vidéo, peinture : son art est pleinement de son temps. Sa force émotionnelle, son impact esthétique, frappent de prime abord l’internaute débarquant sur son site. Y a-t-il un lien entre ces qualités et la situation d’outsider choisie par l’artiste ? On peut se poser la question, comme d’autres le firent à propos de l’art brut. Bobig ne crée pas pour faire carrière, pour faire fortune ou dans le but d’obtenir une quelconque consécration. Il crée parce qu’il ne peut faire autrement.
Les artistes de cette nature sont l’exception. Le plus souvent, ils sont décimés par la machine à formater qui tourne à plein régime, à l’université comme dans les écoles d’art. Les rescapés étaient jusqu ‘à présent repoussés dans le hors champ de la non visibilité.

Bobig a pris une décision dont il mesure la radicalité. Il se tient, de manière assez héroïque, sur une position qui tient, à première vue, de l’abnégation et du renoncement. Pourtant, en distribuant gratuitement ses œuvres via Internet, en les (aban) donnant, Bobig effectue un geste de libération vis-à-vis de la règle d’or des sociétés capitalistes. En effet, le collectionneur ou l’amateur se trouvant en possession d’une œuvre de l’artiste vit une expérience sulfureuse et implicitement condamnée : il contemple une œuvre (photographie, un dessin, une peinture, etc.…) qui a échappé à son destin de marchandise.

La gratuité, qui a trait à l’enfance, au jeu, au don et à la jouissance, devrait constituer la règle d’or naturelle de l’art. En adoptant une œuvre (aban) donnée par Bobig, vous démontrez concrètement, dans cette sphère hautement symbolique, que l’offre marchande d’un produit ou d’un bien n’est pas une fatalité.

texte de Patrick François. Lien vers le forum « Palais tokyo »

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Conseil à un jeune peintre

Par écrit ou oral, je m’exprime rarement sur l’art. Trop maladroit ou peu sûr de mon parcours, je préfère m’expliquer à travers des œuvres. Heureusement, les propos de certains artistes peuvent éclairer ma démarche artistique. C’est le cas d’Henri Matisse. A Russell Warren Howe lui demandant en 1949 ce qu’il ferait s’il était un jeune peintre aujourd’hui, le peintre répondait :

« Si j’étais un jeune peintre, je prendrais un métier comportant un salaire et ainsi je serais indépendant et pourrais peindre en toute liberté. Mon art n’en souffrirait pas. Si je faisais de la mauvaise peinture, si je décorais des biscuits de Noël, là oui, mon art en souffrirait, mais employé de banque ou charger les trains de marchandise ferait au contraire très bien l’affaire. »*

Sans connaître les propos d’Henri Matisse, en 1991, j’ai décidé de devenir chargé d’études dans un organisme de sécurité sociale. Un choix de vie délibéré pour être un artiste libre. Parfois, je suis très bien inspiré.

* Henri Matisse -Ecrits et Propos sur l’Art- Collection Savoir- Ed. Hermann.

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