Qui est Bobig ?

Biographie

Mon art n’est pas le fruit d’un travail, mais d’un loisir. Il ne nécessite pas d’effort particulier. Je le fais parce que je n’ai rien d’autre à faire.


de 1968 à 1999…


Textes

Grégoire Courtois « Bobig, artiste contemporain du Dimanche »

Bobig fait partie de ces artistes qui virent, dès l’apparition d’internet, un moyen radicalement nouveau de diffuser leur travail. D’abord en s’affranchissant des réseaux d’exposition traditionnels, ensuite en produisant des œuvres et projets dont aucun autre médium ne pouvait témoigner, et sûrement pas avec cette vitesse de propagation et cette liberté de ton.
Free art, free artist » a ainsi longtemps été la devise de Bobig qui dès ses débuts, proposa de donner ses œuvres, tout comme les programmateurs de logiciels libres donnaient leurs applications informatiques.

Cet art gratuit, au départ simple boutade (comme beaucoup des œuvres de Bobig) est ainsi devenu un pavé dans la mare de l’art contemporain qui n’était déjà plus, depuis longtemps, qu’un simple marché fait de cotes, de valeurs et de potentiel spéculatif. Car dire qu’on ne gagne pas d’argent avec ses œuvres est une chose, mais tenir cette position pendant plus de 10 ans tout en continuant à effectuer volontairement un travail alimentaire à l’URSSAF de Paris en est une autre…

Car s’il est gratuit, l’art de Bobig n’en a pas moins une grande valeur, plongeant ses racines à la fois dans le ready-made de Marcel Duchamp, dans les développements conceptuels des années 80, dans le minimalisme des années 60, et bien sûr, à l’origine, dans le mouvement DADA, dont Bobig reste aujourd’hui un grand admirateur.

Cette dose de subversion qui caractérisa les DADA, on la retrouvera dans toute l’œuvre de Bobig, transposée à l’ère de l’internet et de la communication instantanée et on imagine aisément que des opérations telles que « Pacifist action in videogames » ou le « kit d’exposition Bobig » (à voir dans le petit foyer) n’auraient pas été reniées par Tristan Tzara et ses acolytes.

Cette exposition ne présente qu’un mince aperçu de l’œuvre de Bobig, d’abord parce que la plupart des toiles et créations de l’artiste ont été (aban)données aux quatre coins de la France, ensuite parce que beaucoup d’actions ont été placées sous le signe de l’éphémère et que peu de personnes présentes trouvèrent utile de les documenter.

Néanmoins, Bobig continue à agir, jour après jour, à créer de nouveaux sites web et à les détruire, et outre cette exposition, le meilleur moyen de plonger vraiment au cœur de son travail reste la visite de son site officiel en perpétuel mouvement : www.bobig.fr

Ainsi, au-delà de ses a priori et de la force symbolique exercée par les marchands d’artisteries, la découverte de ce créateur hors norme permettra peut-être au spectateur d’adhérer au discours simple et radical que Bobig n’a cessé de défendre, envers et contre tout :

« L’art c’est n’importe quoi et c’est tant mieux ».

Texte de l’exposition au théâtre d’Auxerre.


De la gratuité

En farfouillant dans les archives du web, j’ai aussi retrouvé ce petit texte pondu sur une liste de diffusion dont j’ai oublié le nom (GFIV je crois…). A l’époque, j’avais demandé aux abonnés de la liste d’écrire une critique sur ma démarche artistique. Si mes souvenirs sont justes, je n’ai eu qu’une seule réponse et cela a abouti à une discussion stérile dont seul internet a le secret. Voici l’article, il date de 2003. ça ne nous rajeunit pas.

« L’offre marchande d’un produit ou d’un bien, c’est la règle d’or des sociétés capitalistes. » Tetsuya Ozaki

Il n’y plus guère de monde pour se risquer à donner une définition de l’art. Certains artistes ont toutefois la capacité de nous aider à y voir plus clair. Parce qu’il a su éliminer ce qui n’était pas indispensable (l’argent, les marchands, les intermédiaires) et conserver ce qui est indispensable (un créateur, une œuvre, un public), Bobig est de ceux-là. Comment rendre accessible l’oeuvre sans tomber dans le marché ? A cette question cruciale Bobig a trouvé une solution à peu près sans défaut et en constant progrès technique : Internet.

Les discours officiels de légitimation visent à accréditer l’idée selon laquelle il existerait des net-artistes qui utiliseraient les ressources spécifiques du médium alors que ceux-ci se contentent de transporter sur le web leur petit arsenal d’artistes en quête de reconnaissance institutionnelle. Bobig, lui, a su se saisir d’Internet pour redéfinir radicalement la création artistique dans son rapport au public – habituellement soumis aux lois du marché. Il lui a suffit d’introduire un élément à proprement parler révolutionnaire (je pèse le mot, dans sadésuétude programmée comme dans son emphase) : la gratuité. Pourquoi les autres n’y ont-ils pas pensé ? Parce que la gratuité est la négation du marché de l’art que ces net artistes rêvent de rejoindre d’une manière ou d’une autre.
Le monde de l’art en tant que marché, tend à se perpétuer à l’identique (en digérant Internet comme il a digéré l’art corporel ou la vidéo). Mais, c’est son point faible, il suffit d’un contre-exemple, pour qu’il apparaisse dans son absurdité. Pourquoi payer ? Pourquoi vendre ? Pourquoi un vendeur(galeriste) ? Pourquoi des professionnels chargés d’identifier l’art(institutions) ? Le doute qui s’insinue au contact de l’artiste Bobig est,on le voit, assez dévastateur et, est-il besoin de le souligner, salutaire.

Pour justifier leur existence, les institutions et le marché en appellent souvent à la médiocrité de ce qui se produit en dehors ou sans eux. L’argument ne vaut pas en ce qui concerne Bobig. Photographie, vidéo, peinture : son art est pleinement de son temps. Sa force émotionnelle, son impact esthétique, frappent de prime abord l’internaute débarquant sur son site. Y a-t-il un lien entre ces qualités et la situation d’outsider choisie par l’artiste ? On peut se poser la question, comme d’autres le firent à propos de l’art brut. Bobig ne crée pas pour faire carrière, pour faire fortune ou dans le but d’obtenir une quelconque consécration. Il crée parce qu’il ne peut faire autrement.

Les artistes de cette nature sont l’exception. Le plus souvent, ils sont décimés par la machine à formater qui tourne à plein régime, à l’université comme dans les écoles d’art. Les rescapés étaient jusqu ‘à présent repoussés dans le hors champ de la non visibilité.

Bobig a pris une décision dont il mesure la radicalité. Il se tient, de manière assez héroïque, sur une position qui tient, à première vue,de l’abnégation et du renoncement. Pourtant, en distribuant gratuitement ses œuvres via Internet, en les (aban) donnant, Bobig effectue un geste de libération vis-à-vis de la règle d’or des sociétés capitalistes. En effet, le collectionneur ou l’amateur se trouvant en possession d’une œuvre del’ artiste vit une expérience sulfureuse et implicitement condamnée : il contemple une œuvre (photographie, un dessin, une peinture, etc..) qui a échappé à son destin de marchandise.

La gratuité, qui a trait à l’enfance, au jeu, au don et à la jouissance, devrait constituer la règle d’or naturelle de l’art. En adoptant une oeuvre (aban)donnée par Bobig, vous démontrez concrètement, dans cette sphère hautement symbolique, que l’offre marchande d’un produit ou d’un bien n’est pas une fatalité.

Patrick François