J’ai la copyleft attitude
Publié par Bobig le 15 juin 2011 dans Ecrits | 2 commentairesSans déconner. j’ai de quoi être fier. Mon nom traine dans les pages d’une thèse sur le Copyleft. le sujet : « Le copyleft appliqué à la création hors logiciel. Une reformulation des données culturelles ? ». Je copie-colle le résumé de la thèse que vous pouvez retrouver sur le site de l’auteur Antoine Moreau.
Le copyleft est une notion juridique issue des logiciels libres qui autorise, dans le respect des droits de l’auteur, la copie, la diffusion et la transformation des œuvres avec l’interdiction d’en avoir une jouissance exclusive. C’est le projet GNU de la Free Software Foundation initié par Richard Stallman avec la première licence libre copyleft pour logiciels : la General Public License.
Notre recherche concerne le copyleft appliqué à la création hors logiciel telle que nous l’avons initiée en 2000 avec la Licence Art Libre. À travers la pratique que nous en avons et par l’observation de ses effets, nous nous interrogeons sur la place de l’auteur à l’ère du numérique et de l’internet. Nous découvrons une histoire, une histoire de l’art, qui n’est plus déterminée par une fin mais qui débouche sur des créations infinies réalisées par une infinité d’artistes mineurs et conséquents. Nous observons que le copyleft n’est pas un processus de création ordinaire, mais de décréation. Il s’agit d’affirmer, par la négative et la faille, non la négation ou la faillite, mais la beauté d’un geste qui s’offre gracieusement. Ce geste conjugue éthique et esthétique, il est « es-éthique ». Nous comprenons qu’avec le copyleft, la technique est au service d’une politique d’ouverture « hyper-démocratique », à l’image de l’hypertexte du web qui troue les pages et ouvre sur l’altérité. Il s’agit d’articuler le singulier au pluriel en un écosystème qui préserve le bien commun de la passion du pouvoir. Une économie élargie excède, sans le nier, le seul marché. Des œuvres copyleft affirment cette réalité politique et culturelle où l’art forme la liberté commune à tous et à chacun.

Quatre chapitres couvrent cette thèse. J’ai le plaisir d’apparaitre dans la section « Trois artistes, trois façons d’envisager un art libre : Annie Abrahams, Bobig et Jivezi. » je copie-colle le texte me concernant (mon ego est flatté, j’en profite au maximum) :
Le problème que l’on rencontre souvent dans l’art contemporain, c’est l’absence d’intérêt du public et l’inaccessibilité des œuvres. Tout cela est fini grâce à mes artisteries. Le choix d’œuvres avec un minimum d’artifice se justifie par le fait qu’elles sont plus faciles à produire. Un art gratuit où seul importent l’idée et l’amusement préexistant à l’œuvre. Ces œuvres ne sont pas le fruit d’un travail, mais d’un loisir. Elles ne nécessitent pas un effort particulier. Je les fais parce que je n’ai rien d’autre à faire.
Bobig, lui, n’a pas la même volonté de s’affirmer comme artiste professionnel. Au contraire, travaillant pour gagner sa vie, étant éloigner du monde de l’art conventionnel, la pratique artistique est pour lui un amusement. Sa devise « L’art c’est n’importe quoi et c’est tant mieux » est complétée d’une autre qui renseigne sur sa philosophie et son mode de production : « Free art, free artist ». Produisant énormément d’œuvres, aussi bien numériques que non numériques, il les donne à qui en fait la demande. Nous avions invité Bobig lors des premières rencontres Copyleft Attitude en 2000 et c’est tout naturellement qu’il s’est intéressé au copyleft, mais en gardant une distance critique vis-à-vis du formalisme juridique qu’une licence implique. Nous l’avions également invité lors d’un événement que nous avions organisé, nommé « Manifestation 2, le Banquet », et c’est une valise remplie de dessins et peintures qu’il avait abandonné pour que chacun puisse se servir gratuitement. Bobig, « Free artist », plus au sens de gratuit, y compris quand cette gratuité reflète le « n’importe quoi » de l’art, qu’au sens de « libre » du logiciel libre et de l’art libre.
Mais Bobig aura été sensible au copyleft et c’est à un site bien particulier intitulé « Less is easier », sous-titré « Bobig is in the details » que nous allons nous intéresser. Il y montre ce qu’il appelle ses « artisteries », réalisées sous Licence Art Libre et qu’on peut télécharger pour « imprimer et partager ».
As artist, Bobig is known for his use of the aphorism « Less is easier » to describe his aesthetic tactic where the work is stripped down to its most fundamental features. Bobig sought to create free works, enclosed within a structural order with minimal presence. With this new project « Less is easier », Bobig begins with the getting rid of creating difficulty. It is regarded as a reaction against the art blockbuster as well as the discourse « bigger is always better » or « more is more ».« Less is easier » is a blog where all the work is given away. someone who really loves an artwork will be able to have it for free.
Soit des dessins, des peintures, des collages, des photographies, du net-art et quelques pièces sonores, tout ça offert pour rien. Pour nos beaux yeux. Des œuvres légères, simples, comme si de rien n’était, comme si aucun art, aucune prétention artistique n’y était, mais souvent d’une très grande justesse et qualité sensible. Nous pourrions dire ceci : Bobig est notre Douanier Rousseau de l’internet et du numérique, un artiste « naïf », mais pas tant que ça, certainement moins que ceux qui, très naïvement, portent foi à un monde de l’art uniquement régi par l’argent et sur lequel repose une grande partie de son crédit. La valeur de l’art de Bobig n’est pas indexée à un prix, ça viendra sûrement, mais à un « je-ne-sais-quoi et presque-rien » qui fait toute la différence, qui fait tout l’art. Mine de rien : tout est là.
Nous le pensons, Bobig est un vrai « artiste contemporain » ou plus exactement, un « artiste contemporain du dimanche », qui a su utiliser l’internet pour exister et pratiquer son art, coûte que coûte. Il le fait en dehors d’une histoire contemporaine de l’art sans surprise, une histoire qui fait les artistes contemporains à la chaîne dans un circuit balisé par les jugements hérités d’un monde qui ne comprend pas encore ce qui a pu se passer avec la venue du net. Bobig est libre, cette recherche de liberté à travers l’art ne pouvait que lui mettre le copyleft à l’oreille comme une puce à l’ordinateur.
Je profite de cet article pour remercier Antoine Moreau pour son intérêt pour ma démarche artistique. Je l’ai connu en 1996 (je crois) sur internet via le forum fr.rec.arts.plastiques (que je continue à fréquenter). il a été une passerelle vers de belles rencontres, je pense à Ghislain Mollet Viéville..mais il y en a bien d’autres. Thx Antoine !


Waow
pas mal hein ?